Emphysème pulmonaire chez le cheval

L’emphysème pulmonaire (également appelé maladie pulmonaire obstructive ou « pousse ») est une forme de bronchite/bronchiolite sévère. Les voies respiratoires du cheval sont tellement obstruées par une inflammation, du mucus et des contractions du muscle bronchique (bronchospasme) que l’animal éprouve des difficultés à respirer, même au repos.

Après chaque expiration, le cheval pousse tellement fort avec ses muscles abdominaux que, en raison de leur utilisation excessive chronique, ces muscles grossissent et forment une « ligne de pousse » le long du flanc, de la pointe de la hanche jusqu’en dessous des côtes.

Les chevaux poussifs montrent les premiers signes de cette maladie vers 8 ans. Parmi les signes, on peut citer une toux et une intolérance aux exercices. Ces signes sont plus susceptibles d’être observés lorsque le cheval malade est dans un environnement fermé comme une étable. La toux persiste et après un ou deux ans le cheval peut manifester des difficultés à respirer au repos. Si la maladie n’est pas soignée et que l’environnement du cheval n’est pas changé, l’obstruction des voies respiratoires s’aggrave et respirer devient de plus en plus difficile. Un cheval malade perd du poids. Il ne peut pas manger suffisamment de nourriture car il lutte pour trouver son souffle et un grand effort musculaire est nécessaire pour respirer.

L’emphysème pulmonaire est une maladie typique des chevaux vivants en environnements poussiéreux et mal ventilés. Le fait de respirer des particules de poussière qui se trouvent dans le foin peut causer des inflammations de voies respiratoires. On connait le rôle important joué par l’environnement dans le développement de l’emphysème pulmonaire depuis au moins 1640, où l’herbe verte était décrite comme le meilleur traitement contre l’emphysème pulmonaire en Grande-Bretagne. Au cours des années 1800, il fut reconnu que les chevaux atteints d’emphysème pulmonaire dans les étables de New York guérissaient s’ils étaient amenés à vivre dans un environnement à l’air sain.

Cependant, les chevaux vivant en extérieur peuvent également développer un emphysème pulmonaire. Dans le sud des États-Unis, une maladie semblable à l’emphysème pulmonaire, connue sous le nom d’obstruction pulmonaire associée aux pâturages d’été, semble être due à l’inhalation de spores de champignons provenant du sol des pâturages. Toutefois, des preuves de prédispositions génétiques des chevaux aux maladies pulmonaires obstructives s’accumulent. Par exemple, le poulain de deux parents malades aura plus tendance à développer une maladie pulmonaire obstructive que le poulain de deux parents sains.

Diagnostic de l’emphysème pulmonaire

Les vétérinaires diagnostiquent généralement la pousse en se basant sur les antécédents cliniques de l’animal : toux chronique, intolérance à l’exercice et difficultés respiratoires typiques au repos. On peut entendre un sifflement dans les poumons à l’aide d’un stéthoscope  et parfois en se tenant près des naseaux de l’animal. La pousse se différencie d’une pneumonie aigue car il n’y a pas de fièvre et le nombre de cellules inflammatoires présentes dans le sang n’augmente pas. Un examen endoscopique des voies respiratoires révèle généralement une accumulation de mucus dans les bronches et dans la trachée. Un échantillon de ce mucus contiendra de nombreuses cellules inflammatoires matures connues sous le nom de neutrophiles ; il n’y aura pas de bactéries pathogènes.

Des radiographies ou des échographies ne fournissent pas d’éléments supplémentaires pour le diagnostic mais elles peuvent être utiles pour écarter des maladies pulmonaires chroniques comme une fibrose pulmonaire, une pneumonie et une pleurite chronique ou une tumeur. Les vétérinaires pensent que la pousse a une origine allergique, c’est pourquoi ils recommandent de tester la cause de l’allergie. Ces tests identifient rarement la raison spécifique de la maladie.

Gestion de l’environnement

Il est essentiel de diminuer l’exposition du cheval à la poussière pour traiter la pousse et empêcher sa progression. On peut faire ce qui suit :

  • Laissez si possible au cheval un accès permanent au pâturage.
  • Supprimez l’accès au foin et remplacez-le avec un aliment complet en granulés, du foin mouillé et d’autres aliments sans poussière.
  • Le laissez pas les chevaux manger du foin depuis une meule : ils enfouissent leurs têtes dedans et sont exposés à une forte concentration de poussière.
  • Si le cheval est en intérieur, veillez à ce que son étable soit bien ventilée, même en hiver.
  • Nourrissez les chevaux au sol pour encourager le drainage de mucus.

Adaptez la gestion de l’étable pour réduire l’exposition à la poussière des chevaux sensibles. Sortez les chevaux de l’étable lorsque vous la nettoyez, n’utilisez pas de souffleurs à feuilles à l’intérieur de l’étable et de laissez pas de tracteurs en stockage dans l’étable. Mouillez légèrement le sol avant de ratisser et gardez le sol humidifié. Sortez les chevaux de l’étable lorsque vous enlevez les toiles d’araignée  des chevrons du toit.

Malheureusement, on ne peut pas identifier quel cheval, surtout tant qu’il est jeune, sera susceptible d’être atteint d’emphysème pulmonaire. L’avènement du génome équin permettra de développer des tests génétiques dans ce sens. Actuellement, la meilleure prévention est de minimiser l’exposition du cheval à la poussière.

Médicaments et autres traitements

Il existe deux sortes de médicaments à administrer à un cheval atteint de pousse : des bronchodilatateurs, qui décontractent les muscles lisses situés autour des voies respiratoires et rendent la respiration plus facile, et des corticoïdes, qui réduisent le degré d’inflammation. Ces médicaments peuvent être administrés par voie orale, injection ou inhalation.

Il est important de savoir qu’aucun médicament ne peut guérir l’emphysème pulmonaire. Les bronchodilatateurs « sauvent » un cheval qui a de grandes difficultés à respirer pour pouvoir respirer plus facilement jusqu’à ce qu’un meilleur environnement ou des corticoïdes réduisent la gravité de l’inflammation. Les corticoïdes réduisent l’inflammation mais si l’environnement du cheval ne s’améliore pas, l’inflammation reviendra dès l’arrêt des corticoïdes. Les vétérinaires sont précautionneux concernant l’administration de corticoïdes en raison de leur possible association avec une fourbure. Cependant, à moins qu’une autre maladie se développe en même temps, telle que la maladie de Cushing, il est inhabituel qu’une fourbure se développe durant le traitement de la pousse.

Chez les humains, les maladies d’allergies respiratoires comme le rhume des foins sont traitées par désensibilisation, ce qui implique de recevoir de multiples injections de petites quantités d’allergènes pendant plusieurs mois. Des traitements similaires ont été utilisés pour traiter l’emphysème pulmonaire, mais aucun essai contrôlé n’a démontré leur efficacité.

De nombreux traitements sans ordonnance sont utilisés pour traiter la pousse, mais aucune donnée ne démontre leur efficacité. Il est très facile d’être convaincu des bienfaits de ces médicaments puisque la gravité de la pousse fluctue en fonction de la quantité de poussière présente dans l’étable ou dans les pâturages.

Surveillance à long terme

Une fois qu’un cheval a eu un emphysème pulmonaire, il sera toujours susceptible d’en développer les symptômes. L’emphysème pulmonaire peut être géré en diminuant l’exposition du cheval à la poussière, qui est connu pour empirer cette maladie. Cependant, plus longtemps le cheval reste en rémission clinique, moins il sera susceptible de développer un autre grave accès de cette maladie. On ne sait pas encore si les changements des voies respiratoires d’un cheval consécutives à une inflammation peuvent réellement être guéris, même avec une bonne gestion de l’environnement ou un traitement à long terme à base de corticoïdes.

Des chercheurs essaient de comprendre pourquoi les animaux susceptibles de développer un emphysème pulmonaire sont si gravement atteints des voies respiratoires lorsqu’ils sont exposés à de la poussière de foin. Il sera alors possible d’identifier les animaux susceptibles de développer un emphysème pulmonaire tant qu’ils sont  jeunes et de prévenir le développement de cette maladie.

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