Borréliose

La borréliose de Lyme est une maladie bactérienne, transmise par les tiques qui atteint les animaux (chiens, chevaux, probablement les chats) et les humains. De nombreux autres espèces mammifères et aviaires sont infectées mais ne développent pas de signes cliniques explicites. Aux États-Unis, les régions le plus touchées sont celles du nord-est (en particulier la Nouvelle-Angleterre), le Midwest et la côte pacifique. La borréliose de Lyme se trouve aussi dans les régions à climat modéré d’Europe et d’Asie. La borréliose en tant que maladie zoonotique va en augmentant.

Étiologie et transmission

Actuellement, sur la base d’analyse de réassociation ADN-ADN, il existe 12 espèces différentes du complexe Borrelia burgdorferi sensu lato. À l’intérieur de ce complexe, les espèces de spirochètes les plus importantes sont les B burgdorferi sensu stricto (Amerique du nord, Europe), B afzelii (Europe, Asie) et B garinii (Europe, Asie). Toutes ces espèces sont pathogènes pour les humains. Seul la B burgdorferi sensu stricto a démontré être pathogène pour les animaux domestiques sous des conditions expérimentales. Les tiques vectrices de B burgdorferi sensu lato sont les tiques Ixodes à carapace dure. Aux États-Unis, sur la côte pacifique, il s’agit principalement de Ixodes pacificus et de I scapularis dans le Midwest et nord-est. I ricinus and I persulcatus sont les principaux vecteurs en Europe et en Asie.

Lorsque les œufs de tiques Ixodes éclosent, les larves ne sont pas infectées. Les larves et les nymphes sont infectées par des spirochètes par des hôtes porteurs de Borrelia. Les petits mammifères, en particulier les rongeurs, jouent souvent le rôle d’hôte réservoir principal. Les oiseaux et les lézards peuvent également abriter certaines espèces de Borrelia et servir d’hôtes réservoirs. Le taux d’infection des vecteurs varie selon les régions et les saisons et peut atteindre 50 % des tiques adultes. Après que la tique se soit fixée sur le corps, il s’écoule au moins 24 heures avant que les premiers organismes de B burgdorferi sensu lato soient transmis dans la peau de l’hôte. L’infection se stabilise dans l’hôte après 53 heures passées dans le système sanguin. C’est pourquoi le fait de retirer les tiques attachées le plus tôt possible réduit les possibilités de transmission de spirochètes. Les organismes B burgdorferi sensu lato ne sont pas transmis par les insectes, les fluides corporels (urine, salive, semence) ni les morsures. Des études expérimentales ont démontré que les mères infectées avant la gestation pouvaient transmettre des spirochètes à leurs petits dans l’utérus.

Observations cliniques

De nombreux syndromes cliniques ont été attribués à la borréliose de Lyme chez les animaux domestiques, y compris les maladies articulatoires et des membres ainsi que les anomalies rénales, neurologiques et cardiaques. Chez les chiens, les signes cliniques le plus souvent observé sont : une boiterie intermittente ou récurrente, une fièvre, une anorexie, une léthargie et une lymphadénopathie avec ou sans gonflement douloureux des articulations. Le deuxième syndrome le plus commun associé à la borréliose de Lyme est une insuffisance rénale, qui est généralement mortelle. Cette affection se caractérise par une urémie, une hyperphosphatémie et une néphropathie grave induisant une perte de protéines, souvent accompagné d’œdèmes périphériques. Les bouviers bernois et les labradors en particulier ont démontré posséder de haut taux d’anticorps spécifiques à la Borrelia ; des complexes immunitaires dans les tissus rénaux mènent à de sévères inflammations. En médecine humaine, concernant la forme cardiaque de la borréliose de Lyme, des rapports de cas uniques ont décrit des anomalies de bradycardie. En ce qui concerne la forme neurologique, on pense qu’elle s’exprime par des paralysies faciales et des troubles épileptiques.

Diagnostic

Le diagnostic se fonde sur l’anamnèse, les signes cliniques, l’élimination d’autres diagnostics, les données de laboratoire, les considérations épidémiologiques et la réponse à une thérapie à base d’antibiotiques. Les bilans d’auto-immunité, les hémogrammes, chimie sanguine, radiographies et autres données de laboratoires sont généralement normaux. Ceci exclut les résultats se rapportant directement au système affecté (par exemple, gonflement des tissus mous des membres, accumulation de neutrophiles dans les fluides synovial des articulations touchées, urémie lors de maladies rénales).

En complément au diagnostic, on peut effectuer un test sérologique d’anticorps spécifiques à la B burgdorferi sensu lato. Les anticorps peuvent être détectés grâce à un test ELISA (y compris les systèmes de tests rapides) et les immuno-électrophorèses de protéines (Western Blot). Les essais immunofluorescents indirects d’anticorps ne sont plus recommandés en raison de leur faible spécificité. La procédure standard à suivre pour la détection d’anticorps est une approche à deux niveaux dans laquelle les échantillons sont analysés à l’aide d’un test ELISA sensible ; seuls les échantillons réagissant positivement sont re-testés à l’aide d’un essai Western Blot spécifique. Les tests Western Blot aident à différencier les différentes réponses immunitaire, celles provoquées par l’infection de celles provoquées par la vaccination.

D’autres méthodes existent. Des échantillons de sang ou de sérum peuvent être testés par essai à base de peptides (peptide C6), qui est spécifique aux anticorps provoqués par infections. Cependant, la mise en évidence d’anticorps spécifiques ne fait qu’indiquer l’exposition à un antigène bactérien, cela ne correspond pas à une maladie clinique.  Environ 5 à 10 % de chiens d’Europe centrale sont porteurs d’antigènes spécifiques à la Borrelia sans démontrer de signes cliniques. De plus, il se peut que les essai au peptide C6 démontrent des faux résultats négatifs peu après infection. Le diagnostic uniquement par tests sanguins peut être impossible en cas de longues périodes d’incubation, de persistance d’anticorps pendant des mois voire des années et de diassociation de la réponse anticorps du stade clinique. L’isolation de la B burgdorferi sensu lato par culture ou détection d’ADN spécifique (par ACP) des articulations, d’échantillons de tissus cutanés ou provenant d’autres sources peut être utile pour poser un diagnostic. Cependant, la détection directe de l’organisme est difficile, chronophage (jusqu’à 6 semaines pour une culture) et dans la plupart des cas, les résultats sont négatifs. Les échantillons sanguins sont en général négatifs car l’organisme se situe dans les tissus et non dans la circulation sanguine. Les signes cliniques de la borréliose de Lyme sont non spécifiques. En plus de troubles orthopédiques (par exemple traumatisme, ostéochondrite disséquante, maladies auto-immunes), d’autres infections peuvent survenir. Anaplasma phagocytophilum peut également causer une boiterie intermittente ou récurrente.

A. phagocytophilum est transmise par les mêmes tiques. Des études épidémiologiques ont révélé que jusqu’à 30 % des chiens de toute l’Europe centrale étaient porteurs d’anticorps spécifiques à cet agent. Il faut chercher plusieurs infections lorsque des signes cliniques sont apparents.

Traitement

Une thérapie aux antibiotiques est indiquée dans tous les cas avec signes cliniques attribués à la borréliose de Lyme. Les antimicrobiens des groupes de la tétracycline (par exemple : doxycycline 10 mg/kg, deux fois par jour) et de la pénicilline sont efficaces (par exemple : amoxicilline 20 mg/kg, trois fois par jour). Une réponse rapide est observée dans la plupart des cas de maladies de membres et d’articulations, bien qu’elle soit incomplète ou qu’une disparition éphémère des signes survienne chez un grand nombre d’animaux affectés. Il est préférable d’utiliser de la doxycycline plutôt que de la pénicilline car les infections multiples aux autres pathogènes portés par les tiques sont fréquentes chez les patients montrant des signes cliniques. Des données cliniques et de recherche indiquent que chez les animaux (également chez les humains), l’infection peut persister en dépit de la thérapie aux antibiotiques. Chez les chiens, il a été démontré qu’un traitement de 4 semaines composé de doses standard d’antibiotiques est efficace. En raison de la persistance de la B burgdorferi sensu lato, on peut s’attendre à des rechutes. Dans ces cas-là, les antibiotiques mentionnés ci-dessus peuvent à nouveau être utilisés car la persistance de l’infection n’est pas due à une résistance aux antibiotiques. Une thérapie prolongée aux antibiotiques (supérieure à 4 semaines) peut être bénéfique aux patients montrant des signes de maladies en continu.

Une thérapie symptomatique dirigée vers le système organique affecté et les anormalités clinico-pathologiques est très importante, surtout lors de maladies rénales. Lors de maladies des membres et des articulations, l’utilisation conjointe d’anti-inflammatoire non stéroïdien  et d’une thérapie aux antibiotiques peut semer la confusion quant à la source d’amélioration clinique. La pose de diagnostic sur réponse thérapeutique peut également être difficile.

Contrôle et prévention

Le fait d’éviter les tiques joue un rôle important dans le contrôle de cette maladie. Des produits très efficaces existent (perméthrine, amitraze et fipronil) pour les chiens, mais un manque de régularité d’application de la part des propriétaires est une barrière à l’efficacité à long terme.

On utilise depuis le début des années 90 des bactéries à cellules entières inactivées pour la prévention de la borréliose de Lyme chez les chiens. Des vaccins contenant différentes espèces de B burgdorferi sensu lato sont disponibles en Europe. Tous les vaccins actuels provoquent une forte réponse anticorps, principalement à la protéine OspA (lysat-vaccin) ou uniquement contre les protéines OspA (vaccins recombinants). Les anticorps contre la protéine OspA empêchent la transmission de spirochètes des tiques à l’hôte. Il a été démontré que lorsqu’une tique se fixe sur un animal à sang chaud, les organismes B burgdorferi sensu lato contenus dans cette tique arrêtent de produire de la protéine OspA et produisent alors de nouvelles protéines, OspC et autres, avant la transmission. Le développement de vaccins contenant de multiples antigènes à la B burgdorferi est en cours.

Dans les régions endémiques, les jeunes chiens doivent être vaccinés avant l’exposition naturelle aux tiques pour atteindre le plus haut degré de protection. Les chiens ayant été exposés aux tiques doivent être testés sérologicalement avant la vaccination pour rechercher une infection établie. Deux doses de vaccin doivent être administrées (sous-cutané) chez les chiens âgés de plus de 9-12 semaines, à 3 semaines d’intervalle, ou selon les instructions. Le niveau d’anticorps baisse souvent rapidement après la double vaccination, c’est pourquoi des vaccins de rappel doivent être administrés deux fois l’année suivante, de préférence à 6 mois d’intervalle (planning suggéré : printemps – automne – printemps), suivi de vaccination annuelle.

Risque zoonotique

La borréliose de Lyme est classée comme zoonose. Les animaux et humains sont infectés lorsque les tiques se nourrissent de sang (Ixodes spp). Les animaux de ferme ne sont pas source d’infection pour les humains. Il se peut que des animaux de compagnie ramènent des tiques infectées non fixées dans la maison. Il se peut que des vecteurs soient alors transmis aux autres animaux et aux humains lors de contact proche.

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